Prêt étudiant à étudier
Prêt étudiant : à étudier !
Si le jeu de mots est facile, la réalité de la rentrée universitaire qui s’annonce l’est moins.
Notamment quant aux conditions de vie des étudiants : loyers restant élevés dans les villes universitaires, résidences trop encombrées ou encore dans les cartons des architectes, fournitures diverses, etc.
Les étudiants mangent et se soignent d’ailleurs de moins en moins bien, des études le disent. D’où la solution, naturelle et logique, d’avoir recours au crédit, dont la vocation est de donner accès à des biens et services à moindres frais, en anticipant sur des flux de revenus futurs : voilà prêt l’engagement moral, le véritable contrat de confiance.
Or malheureusement, c’est précisément la confiance qui manque en général vis-à -vis des étudiants, en particulier dans la conjoncture économique actuelle : la peine qu’a l’étudiant à trouver un emploi (à la différence, généralement, de l’élève de grande école) effraie des prêteurs qui réclament toujours plus de cautions (des proches de l’emprunteur, s’ils ont des revenus assurés). Une solution, là encore naturelle et logique, vient d’être proposée par l’État: apporter sa garantie, soit celle de la communauté nationale entière : nous voici tous solidaires des étudiants, « avenir du pays ».
Le système annoncé conduit à ne requérir ni cautionnement, ni garanties, tout en respectant les conditions du marché (notamment les taux d’intérêt, au moment, notons-le, où ils remontent déjà ) et en imposant un plafonnement (de 15000 €, soit grosso modo une à deux années de vie étudiante en ville universitaire). En règle générale, l’étudiant est supposé rembourser quand il aura obtenu son diplôme – et, espérons, un emploi.
Aux États-Unis, où le système du prêt-étudiant est quasi-général – car l’éducation supérieure y est considérée comme un investissement individuel dans ses capacités propres (forces intellectuelles et physiques) – il est coutume d’attribuer à la courbe de revenus une forme « standard » : d’abord négative (en raison de l’emprunt), elle doit s’inverser le plus vite possible pour rembourser, faute de quoi le crédit se mue en surendettement dès le démarrage de la vie professionnelle.
En quelque sorte, la solution est le rachat de crédit le plus précoce.
En France, le plafond décrété par le gouvernement pour apporter sa garantie joue le rôle de garde-fou. Il rappelle qu’user du crédit implique de n’en point abuser. À l’étudiant d’étudier… les conditions de prêt (ici, elles sont dictées par l’État, ce qui facilite la tâche), et surtout sa propre situation : évaluer ses perspectives de carrière au regard de ses besoins et de ses envies, ses motivations légitimes de jeunesse, et aussi les contraintes afférentes. À lui d’appliquer la maxime socratique : « connais-toi toi même ».
Car, que le « joug des lois » pèse, comme disait Rousseau, ou qu’il s’avère ici libérateur, c’est à l’étudiant emprunteur de « trouver sa voie », dans les études choisies, mais aussi dans leur financement : mettre la raison (budgétaire) au service de la satisfaction des besoins, c’est encore éduquer cette raison. Si le crédit est efficace, en permettant de ne pas censurer la passion, force est de la mesurer à l’aune du réel. Le crédit « responsabilise » ceux qui s’y préparent bien et qui en profitent.
Le saprophyte du crédit.