Le « rêve américain » s’est brisé sur l’écueil du crédit.
Nous avons tous en tête les images décrites par John Steinbeck et filmées par John Ford: ces files de camions chargés de matelas et de tout le bric-à-brac ménager des expulsés quittant leurs cabanes démolies aux ruines encore fumantes. La crise de 1929 donna les Raisins de la colère ; quelle œuvre aussi durable la crise actuelle suscitera-t-elle ? Quelle qu’elle soit, les « conditions matérielles » en sont déjà « réunies » à nouveau aux États-Unis : les modèles de véhicules ont changé, mais ni les marques (quoique, là aussi : en quasi-faillite, sauf sauvetage fédéral, certaines pourraient disparaître), ni les « raisons » de la colère.
Le mécanisme à l’origine des deux crises est certes différent ; et cela va de soi vu les transformations globales du système économique. Quant aux leçons du passé, que les experts auto-proclamés aiment à invoquer, on peut raisonnablement douter, à y regarder, que les hommes apprennent jamais de l’expérience… Les dénonciations les plus poignantes de la misère n’y changent rien non plus : cette violence-là perdure. Les bannis ont repris la route en Amérique – on the road : les statistiques récentes en témoignent assez, qu’on trouve sans fard (mérite de la presse libre) dans le New York Times, le Washington Post, le Boston Globe, etc.
La crise sévit et les expulsions par les sheriffs (toujours armés) se multiplient pour recouvrer des locaux que les expulsés ont parfois saccagés avant de les quitter (la dernière cartouche des désarmés). On fait les comptes : beaucoup n’auraient pas dû prendre de crédit ; nombreux n’ont pas pu ne pas les prendre. Mais aux États-Unis, il faut savoir que, le plus souvent, ce n’est pas vous qui conservez votre acte de vente, mais la banque. Si et quand elle a besoin de récupérer le bien que vous n’avez pas fini de payer… : à l’Ouest, rien de nouveau.
La leçon à en tirer, ici et pour nous : refinancez-vous – par le rachat de crédit – si et dès que vous le pouvez. Aux États-Unis, aujourd’hui, les gens dont il s’agit là, nos semblables, ne le peuvent généralement pas. Ils sont légion – et beaucoup de braves gens. La morale pour les Français surendettés, la voici : reprenez confiance, car vous ne vivez pas le « rêve américain » ; mais réagissez sans vous endormir, de peur de ne faire ce « rêve »-là à votre tour.
Le saprophyte du crédit.