La fessée

L’Europe et chacun d’entre nous, ou plutôt, en Europe, la Grèce et, parmi nous, ceux qui ont emprunté, partageons un point commun : être systématiquement punis pour des excès auxquels nous avons certes parfois pu nous laisser aller, mais pour lesquels ceux qui nous y encourageaient hier sont également ceux qui nous notent et nous grondent encore, comble d’infantilisation, a posteriori.
Dans le cas de la Grèce, on dit assez qu’il faut voir, quant à l’ampleur de la crise budgétaire, sinon dans son déclenchement, l’influence de la banque Goldman Sachs qui fournit les moyens de créer une dette abyssale aux Grecs tout en spéculant contre le crédit de ce pays sur les marchés. Situation suivie de la rétrogradation au niveau des pires risques par les agences de notation et un « plan de secours » par le FMI qui ressemblent fort aux gronderies et à la punition « tendre mais ferme » - ô ironie – des parents fesseurs.
Nos banquiers ne sont-ils pas eux-mêmes adeptes de la « double peine » qui attendent pour les coincer au coin du bois des emprunteurs infantilisés une seconde fois (quand ils ne peuvent pas rembourser les crédits) après l’avoir été une première fois quand on les a appâtés et parfois carrément… trompés : ainsi on avait su dès fin janvier que le Crédit Foncier s’était rendu coupable de tromperie lors de la publicité et de la commercialisation de prêts à taux variables. Le même établissement (mais d’autres aussi) ne se montre pourtant pas tendre avec ses clients en retard de remboursement, tandis qu’a contrario, il ne relance pas particulièrement le crédit pour ceux qui en ont besoin (particuliers et petites entreprises).
Il s’agit de ne plus se laisser berner comme des enfants auxquels on renouvelle des promesses non tenues : est-ce un vœu pieux ? La question de la fessée punitive administrée aux enfants est (très sérieusement) traitée en ce moment au sein du parlement européen : ce sont les parents qui sont à condamner. Les établissements bancaires et les institutions internationales ne pourraient-ils pas en prendre de la graine à leur tour ? À l’échelle d’un pays entier, comme de chacun d’entre nous, il est impératif que cesse une « pratique barbare et traumatisante » (sic) pour que, de nouveau, le crédit, ça profite à tous…

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On ira tous au paradis…

L’une des meilleures plaisanteries – celle qui amuse le plus la galerie – suscitée par la crise de l’économie mondialisée demeure sans conteste la soi-disant « chasse aux paradis fiscaux ».
Du point de vue moral, depuis bien longtemps, le fait que des États jouent sur une fiscalité accommodante pour drainer des fonds douteux crée une situation de concurrence fiscale déloyale et de malhonnêteté criante qui profite aux mafias en tous genres. Toutefois, outre que les « paradis » fiscaux ne sont en somme pour rien dans la crise, ni dans son déclenchement, ni même sans doute dans son ampleur, l’hypocrisie de la condamnation si tardivement formulée par les gouvernements des « grands États » n’a d’égal que la retenue de leur vindicte soudaine telle qu’elle se lit effectivement dans les textes. La réaction des « paradis » s’y adapte : tout en se hâtant de donner quelques gages pour sortir de la « liste noire » bientôt vidée (de sorte que la « liste grise », elle, a foncé à vue d’œil), ils ont conservé leurs plus gros clients, véritables grandes fortunes et vrais gangsters.
Car, sont-ce donc les plus fortunés et/ou les plus fraudeurs qui subissent le coup des mesures annoncées à grand renfort de battage médiatique ? Non, ce sont des particuliers, les « réfugiés fiscaux moyens », par exemple ces retraités belges dont le pécule, parfois rondelet mais bien loin des fonds du gangstérisme international, était depuis toujours placé… au Luxembourg ! Que veut l’État belge, comme ses compères ? Récupérer ce qui, de ces placements, aurait pu (et certes dû) être imposé en Belgique : haro sur l’« argent caché » !
Mais en quoi cette traque aux « petits malins », aux fraudeurs à la petite semaine, encore une fois tout à fait légitime en soi, peut-elle changer quelque chose à la crise ? Ces détenteurs de fonds réfugiés sous des cieux hospitaliers (même lorsqu’ils ne sont pas mafieux) ne sont guère à plaindre, mais en quoi les appréhender règle-t-il la question du crédit, aide-t-il les emprunteurs les plus modestes ? En rien, ou presque. Au sein des économies des membres du G20, le crédit s’étant fait rare, les États tournent leur attention vers la masse des contribuables solvables la plus large (pas nécessairement la plus fortunée). En réalité, il s’agit d’agrandir la base imposable par la répression sur la fraude. Car, dans nos pays démocratiques, l’assiette de la perception fiscale (en particulier l’impôt sur le revenu, le plus clair et « citoyen » des impôts) laisse de côté les plus pauvres… comme les plus riches. L’opinion publique qu’on amuse avec ces histoires de « paradis » (toujours l’occasion de photos de cocotiers sur plages de sable fin ! Pourtant le Luxembourg n’y ressemble guère…) est aussi celle qu’on impose. Pour elle, la crise initiée par les défauts de remboursement sur les crédits hypothécaires américains (subprimes) a ébranlé les budgets et les habitudes. Entre surendettés et redressés fiscaux, il est moins surprenant qu’on le croirait de constater combien ils sont loin des véritables grandes fortunes et des vrais gangsters qui se rient, eux, des mesures prises… Le crédit ne leur manque pas et les fortunes les moins bien gagnées ne profitent pas, elles, à tous.

Le saprophyte du crédit.

Saprophyte de la crise ?

Comment nier la crise – alors que chaque nouvelle en confirme la gravité ? Les plans dits « sociaux » arrivent en cascade, la production, et la consommation (quoi qu’on dise) sont en berne. Comme la guerre fait des victimes au front et des familles éplorées à l’arrière, les licenciements conduisent à la paupérisation lente, mais certaine, dans le pays. De plus en plus de ménages vont se voir réduire à la survie. Et s’ils gèrent mal leurs crédits, le surendettement les achève. Comment nier la crise ?
Eh bien, en en profitant ! C’est alors qu’on rappelle que la guerre a ses profiteurs, et la crise nourrit certains de la misère des autres. Boirait-on le sang des pauvres gens ? Seulement, c’est trop aisément du grain à moudre pour de moralisateurs experts de tous poils, « adversaires du marché » autoproclamés qui hier en faisaient l’éloge et le verbe haut entendent maintenant « moraliser les affaires » – qu’ils n’ont pas cessé de faire… Haro sur les profiteurs de crise ? Sauf que… Toute politique du soupçon demande, pour juger sans naïveté, de considérer qui en fait profession : qui a des motifs de crier au complot ? Et sont-ils bons ?
Examinons les faits : le nombre de Français sous le seuil de pauvreté a notablement crû, les « difficultés bancaires » aussi. Mais elles suivent logiquement la pénétration des pratiques bancaires dans la vie courante (la « bancarisation » de la population). Dans ces conditions, présenter comme des profiteurs des entreprises comme celles qui rachètent le crédit est un leurre. Leur activité augmente en général, puisqu’elles traitent des difficultés qui augmentent, mais dire qu’elles « bénéficieraient » de la crise est aussi tentant que de mauvaise foi. Cette accusation simplificatrice est également malsaine, car elle est clairement mal intentionnée.
Regardons-y de près : quand 99 % de la population dispose d’un compte de dépôt ou d’un livret d’épargne, le poids énorme des institutions bancaires sert à celles-ci d’argument pour se faire renflouer par l’État (« nous tenons l’économie entière du pays en nos mains »). Les engagements pris, même apparemment contraignants, ne peuvent guère être contrôlés de manière effective : comment punir des institutions qu’on sauve pour éviter que le système entier ne croule ? Les banques en profitent peut-être. Mais, inversement, le rachat de crédit indépendant qui résout les difficultés de ceux que délaissent ces institutions remplit au contraire une tâche utile et fait bien. Dans le meilleur des cas (mais c’est sur lui qu’il faut régler ses conduites!), il permet de rétablir ses propres finances et de réformer les pratiques. Là où un conseiller bancaire ou commercial (dans le cas de « cartes de magasin ») a pu induire en erreur les emprunteurs (qui le traînent parfois, mais trop tard, devant les tribunaux !), le recours à un rachat de crédit géré sagement, concerté réaménage les budgets !
Le rachat de crédit avisé offre ainsi une chance à ceux qui ont le plus besoin de ces aménagements. Car l’accès au crédit avec des mensualités trop élevées ou sans en maîtriser le fonctionnement, c’est le début de difficultés sans nombre que la crise va montrer au grand jour. En appeler à la « morale » sur tous les tons ne conjure pas le spectre du surendettement. Ce qu’il faut, c’est arbitrer et gérer ses finances. Voilà pourquoi une relation suivie et de confiance avec un racheteur indépendant et solide, c’est beaucoup d’aide et ce n’est pas à rejeter… pour que le crédit, ça profite à tous !
Le saprophyte du crédit.

PAS mort à crédit !

Sans crédit, point d’économie vivante ! Certes. Mais que faire pour « avoir du crédit » quand personne ne vous en prête plus ? Pouvez-vous vous plaindre légitimement de ce qu’on ne vous fasse plus confiance – et que cela se traduise dans le fait qu’on ne vous accorde pas de crédit ?
De prime abord, il semble que non – à quel titre forcer qui ne le veut pas à proposer ce qui par définition, ne peut que s’accorder de bonne grâce : la confiance et le crédit qui va avec ? Après réflexion, la bonne foi du prêteur peut pourtant être mise en question – ce qui se passe quand banques et institutions de crédit apparaissent avoir prêté à tout-va sans bon sens des risques encourus un temps, pour refuser ensuite (maintenant !) tout service à ceux qui ont pourtant toujours (ou le plus souvent) manifesté leur sérieux et la capacité de rembourser…
L’objection est de type quasi-« moral » si l’on veut. Elle a poussé le gouvernement à nommer, en la personne de M. René Ricol, un « médiateur du crédit », qui a rendu son rapport, le premier, le 12 janvier dernier. Son ton n’est ni triomphaliste, ni bonimenteur : il relate les succès enregistrés quant il s’agit de sortir de difficultés de trésorerie passagères les entreprises saines ayant besoin de se financer. Il laisse aussi deviner des obstacles quasi-insurmontables quand ce seront (et ce sont déjà) des entreprises proches de la faillite – parfois si petites (TPE) que la différence, certes légale, avec les ménages existe peu en fait. Or le « médiateur » n’est pas un « sauveur » ; il est banal d’avertir qu’il ne pourra guère de miracles. Et qui les peut ?
Chacun est seul en mesure d’agir dans l’intérêt de ses propres affaires : cette morale paraît réductrice, surtout quand les moyens d’agir sont (très) inégaux. C’est bien pourquoi le pouvoir politique a nommé un « médiateur », afin qu’il appuie les moins dotés. Mais il est seul… Et peut-être le signal majeur qu’il puisse donner est-il d’éviter avant tout de paniquer : que chacun analyse sa situation, réfléchisse à ses besoins réels et agisse aussi adroitement que possible. C’est peu de réconfort. Mais, entre jeter l’éponge (déposer le bilan pour l’entreprise ou le ménage) et « tenir » en renégociant avec courage (résister en rachetant ses crédits de manière avisée), l’écart est faible et il est entre les mains de chacun. Comme son avenir – pour que le crédit, ça profite à tous !
Le saprophyte du crédit.

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