Évolution actuelle de la régulation du crédit : desserrer l’étau
La proposition de loi concernant la réforme des abus les plus criants dans le domaine du crédit, concoctée par les services du Ministère des Finances, est presque prête. Que dit-elle ? Sachant que ce qui était frappant jusqu’ici était le manque d’initiative du législateur, ce dernier réagit :
- le crédit « revolving » (en français : « crédit renouvelable ») sera réformé pour inclure obligatoirement une part d’ « amortissement » (remboursement du capital) et faire ainsi échapper au remboursement cumulatif des intérêts (le surendettement en étant la suite) une partie des 9 millions de ménages utilisateurs de ce type de crédit en France.
- la publicité est encadrée et ses formes les plus agressives, racoleuses et parfois même trompeuses (du type de promesse : « une réserve gratuite d’argent » – ce qui n’existe évidemment pas !), ainsi que le démarchage à titre individuel (sous forme de courrier postal, téléphone, messageries électroniques) sont prévues d’interdiction dès 2010.
- l’information sur les taux promotionnels doit s’accompagner, en caractères visibles et lisibles, de toutes les données et du taux réel qui sera pratiqué après que la promotion aura expiré. Le taux de l’usure sera un peu réduit : de 21% à 18%, semble-t-il.
- une mention obligatoire (du type de celle portée sur les paquets de cigarettes) doit accompagner toute proposition de crédit – par exemple (sans que la formulation soit encore certaine) : « un crédit, ça engage ; un crédit, ça se rembourse ». Il y a un coût !
- un encadrement possible des pratiques de rémunération des vendeurs (brokers) de crédit qui consistent jusqu’ici en un salaire fixe et surtout un pourcentage variable en fonction des objectifs atteints pour « écouler » les crédits-maison à la consommation.
- les enseignes de la grande distribution dont la carte de fidélité est aisément – voire à l’insu du détenteur ! – transformée en carte de crédit dotée de « crédit renouvelable » doivent être tenues à la plus grande clarté sur le fonctionnement de leur système d’ « encartement » très développé et structuré ; or c’est lorsqu’on passe avec ces cartes d’un usage de confort (du type : se payer un « écran plat » pour le plaisir) à un usage de survie (les courses alimentaires payées à crédit) que le surendettement apparaît.
- les institutions de crédit, en particulier les banques, seront tenues aux obligations suivantes : examen approfondi des capacités de remboursement avant octroi du crédit et vérification de la solvabilité de l’emprunteur, des pièces fournies, etc. ; explications détaillées de ce que la démarche d’emprunt entraîne comme obligations mutuelles ; consultation obligatoire des fichiers à disposition (notamment celui des inscrits pour défaut de paiement) – ce qu’il est facile à la commission bancaire de vérifier.
- la commission bancaire, justement, encore limitée dans ses attributions, devient un « gendarme » du marché du crédit à la consommation, qui vérifiera directement et sur pièces les publicités, offres et contrats de crédit ; la loi la dote de pouvoirs de sanction contre les institutions qui ne suivraient pas les règles : par exemple, l’établissement de crédit qui n’aurait pas effectué une des démarches voulues ne pourrait pas réclamer le remboursement des intérêts de l’emprunt – ce qui devrait l’inciter à la prudence.
- autre commission, la commission de surendettement, doit voir son travail facilité et un aspect déjà en œuvre, à savoir la suspension automatique des poursuites contre le surendetté durant le temps du traitement du dossier s’il est jugé recevable, pourrait être élargi (c’est du moins une demande d’associations de défense du consommateur) dès le moment de l’obtention du récépissé de dépôt du dossier, complet et bien constitué.
Les autorités font de leur mieux, selon certains ; agissent insuffisamment pour d’autres : verre à moitié plein ou à moitié vide… Quoi qu’il en soit, desserrer l’étau des taux abusifs du crédit suppose surtout que ce dernier soit disponible et adapté. C’est paradoxalement par manque de crédit adapté (notamment le « petit » crédit bancaire à la consommation) que l’on s’engage dans des pratiques malvenues. Mais si la loi propose des « garde-fous », c’est à chacun de ne pas être « fou », de rester prudent et de se montrer vigilant pour gérer (pour ré-échelonner, voire, de manière prévoyante, pour racheter) ses crédits. Pour que le crédit, ça profite à tous !
Le saprophyte du crédit.