Inflation, désinflation et déflation
Inflation, désinflation, déflation : solitude de l’emprunteur de fonds.
En apparence, le fait que des prix baissent est un sujet de satisfaction. Ne se plaint-on pas assez de la faiblesse du pouvoir d’achat ?
L’essence moins chère (certes, son prix n’est pas divisé par 3 en un an, comme l’est celui du baril de pétrole), qui s’en plaindra ? Pourtant, certains économistes évoquent la déflation ” à la japonaise “.
Si ce qui est ainsi annoncé survient effectivement, la perspective est moins réjouissante.
En déflation, les économies de tout un chacun augmentent en ” valeur ” : elles permettent d’acheter plus de biens pour une somme donnée puisque les prix baissent. Mais, aussitôt, il faut crier gare : en déflation, l’activité ralentit, la production stagne, voire régresse, le chômage augmente et, au final, tout le monde se porte plus mal. Mais le premier à souffrir est l’emprunteur de fonds.
En effet, plus encore que les intérêts qui courent sur le capital nominal emprunté, la réévaluation de la monnaie en quoi il doit rembourser son emprunt étrangle lentement mais sà»rement l’endetté.
En outre, ralentissement d’activité signifie licenciements du secteur privé, et baisse (puis, à terme, quasiment fin) des revenus (les droits à l’assurance-chômage une fois épuisés). Il faut alors vendre les biens déjà gagés (le système hypothécaire est chez nous moins développé qu’aux Etats-Unis et cela joue ici comme une protection) et faire faillite
Le raisonnement est d’autant plus redoutable qu’il est aussi simple dans la spirale déflationniste qu’en période d’inflation : dans la seconde, on cherche à ” rattraper ” les prix qui augmentent, dans la première, chacun reporte les achats qu’il prévoit ( la vieille voiture, le vieux réfrigérateur peuvent bien durer encore un peu…) et les vendeurs ont des stocks dont ils baissent les prix pour les écouler, incitant par là -même le client à réitérer son raisonnement : demain, ce sera moins cher…
L’effet joue à l’échelle mondiale : moins on produit, plus le prix des matières premières chute Et moins on tient à en extraire Le jour o๠l’activité reprend, le manque va susciter un rebond sans doute violent, vidant d’un coup les économies restantes.
Une remarque, pourtant : ne s’est-on pas habitué aux crises ?
Le capitalisme consiste précisément, sans porter ici aucun jugement, dans cette suite de heurts brutaux. On présente parfois comme une harmonie ce qui est à ce prix : peu, d’ailleurs, le nient ” on souligne au plus qu’il n’existe pas d’alternative. Concluons alors que, autant que possible, il faut profiter de l’ ” entre-deux “, c’est-à -dire de la désinflation : au fond, le fait que les prix baissent un peu est satisfaisant. Mais gare aux emprunts : rachetez-les avant qu’il ne soit trop tard !
Le saprophyte du crédit.