Crédit crunch ou pas?
« Credit crunch » ou pas ?
Courte réflexion sur le sens du « rachat de crédit »
Sommes-nous aujourd’hui en France en période de credit crunch ? L’actualité, revues spécialisées et débats journalistiques confondus, traite ces derniers temps plus que jamais du crédit.
Les chiffres de son octroi par les banques de détail en France au premier semestre (11 % de baisse selon les moins pessimistes, une tendance qui se renforce en juin) laissent peu d’équivoque. Conséquence (indirecte) de la crise des « subprimes » oblige (mais c’est bien en France qu’il y a eu 28 % de mises en chantier en moins en ce début d’année).
De là à dire qu’on ne prête plus… Quoi qu’il en soit, « tassement » ou « écrasement » (deux traductions possibles de « crunch »), du recul s’impose, en repartant de notions fondamentales. L’acte qui fonde les échanges est le crédit.
L’acte qui fonde l’activité économique est l’échange. Est-il besoin d’en dire plus ? Pour souligner que le crédit est primordial, certes pas. Pour en présenter usage et subtilités ? Cette fois, oui. Elle était donc bien compréhensible, la publicité qui vantait les « produits » des « établissements de crédit » – pas les seules banques, mais toutes les institutions et compagnies qui vendaient du « crédit ».
La « pub » à la vente, tapageuse quand « tout allait bien », maintenant que « tout va mal », s’est souvent tue! Or, pour qui a pris « trop » de crédits, reste le rachat. Il est non seulement possible, mais souvent la plus utile des actions à engager.
Pour qui a épuisé « son crédit », le crédit, cela se rachète. Car s’il donne accès aux biens et aux services et satisfait donc les besoins, plus rapidement et à moindre frais, il faut retenir que le crédit (le mot le dit bien, pas seulement en français) est également et à la fois engagement moral, acte de confiance. L’activité économique et financière des échanges dépend de là ; mais c’est aussi dans la relation du prêteur à l’emprunteur, chaque cas étant particulier, que le crédit opère symboliquement, dans le « face à face » – même quand, technologie aidant, c’est par écran d’ordinateur interposé.
Pour qui s’est vu octroyer un crédit « à la légère », quelque part, la confiance a été flouée – même si l’on invoque, sciemment ou hypocritement, la contingence de la conjoncture. Le rachat de crédit présente naturellement, lui aussi, deux sens : procédure financière qui rétablit les « comptes », d’une part, mais tout autant rémission. Relation de confiance, acte de foi partagé, oserait-on dire, face à l’imprudence humaine et/ou à l’imprévisibilité du monde, la rémission autorise à la fois le pardon et la réparation.
L’opération technique de rachat du crédit remet en effet en ordre chaque budget selon ses contraintes propres, à condition toutefois que chacun sache de nouveau pouvoir compter sur l’autre, et trouver en lui les signes d’intentions claires, d’authenticité et d’honnêteté. S’écrire, se parler, se rencontrer, se revoir, etc. : d’ordre pratique et symbolique, tout à la fois, voilà ce qu’est l’opération de rachat. Alors seulement, la confiance ébranlée une fois retrouvée, le crédit, ça profite à tous !
Le saprophyte du crédit.